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Témoignage :     Vincent de Chausenque ( 1782, 1869 )

Les Demoiselles dans la vallée du Garbet : aux alentours d'Aulus en 1829.

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page 164 :

            "Nous trouvâmes tout en rumeur à Aulus : une fille venait d'arriver du bois de Carentos ( Girantos ), vers Coumebière, où elle avait été rencontrée par huit Demoiselles, qui lui avaient fait grand'peur, mais point de mal. Depuis Toulouse, l'histoire de ces demoiselles, remplie d'obscurité et d'extraordinaire, était le sujet de toutes les conversations. Il semblait qu'une armée d'amazones tombées du ciel, se fût emparée de tous les bois, de tous les lieux écartés des Pyrénées, pour faire des apparitions à la fois sur tous les points. Dès avant 1829, des bruits étranges de soulèvements s'étaient répandus, et l'année suivante, d'Ax à Cagire, les Demoiselles se répandirent sur les montagnes. Dès lors, l'anxiété devint universelle. Dans les vallées de Bethmale, de Sentein, d'Ercé, d'Aulus, de Massat, et de la Bellongue, on avait vu errer le long des bois des hommes armés, la figure noircie et les chemises par-dessus leurs habits, ce que lui avait fait donner le nom de Demoiselles.

        Des gardes Forêt avaient été attaqués, même tués. Les uns, imbus de politique, prévoyaient quelques vastes complots prêt à éclater, ou même une armée espagnole des Agraviades déguisés. D'autres mieux instruits, n'y voyaient qu'un mouvement local, une insurrection contre les gardes des forêts dont plusieurs, disaient-on, avaient été déjà victimes. La mise en vigueur du nouveau Code Forestier, en mettant des restrictions trop onéreuses à l'usage des bois et des pâturages communaux, avaient irrité généralement le peuple des montagnes, plus qu'un autre d'ailleurs ami du merveilleux ; et les habitants les plus paisibles qui ne les voyaient attaquer que ceux-là même avec qui ils étaient toujours en guerre, étaient tout disposés en faveur des demoiselles, dont ils paraissaient désirer l'approche et le succès. Enfin la force politique dût s'en mêler. Déjà toutes les troupes disponibles de Toulouse et de Foix étaient sur la route du Castillonnais ou dans les bois les plus reculés de la Bellongue, ou l'insurrection avait pris naissance, et après quelques résistances impossibles, tout a fini devant la cour d'assises de Toulouse".

 

page 168 :

        "Je me promenais sur la crête, lorsque tout à coup je me trouve en face de deux pasteurs : m'apercevoir, tourner le dos et s'enfuir, fût plutôt fait que dit. Surpris, j'éveille Jean Pierre, et nous ne pûmes expliquer une telle conduite inusitée qu'en pensant que j'avais été pris pour quelqu'une de ces Demoiselles qui occupait toutes les imaginations du pays".

 Vincent de Chausenque, "Pyrénées ou voyages pédestres dans toutes les régions de ces montagnes depuis de l'océan jusqu'à la Méditerranée", 1854.

 

L'auteur : 

      Vincent de Chausenque ( 1782, 1869 )

        Sous Lieutenant du Génie à Metz, il est affecté à Bayonne en 1804. En 1806, il est Capitaine et démissionne de l'armée pour raison de santé. En 1834, à 53 ans, il publie un ouvrage sur l'ensemble des Pyrénées : "Pyrénées ou voyages pédestres dans toutes les régions de ces montagnes depuis de l'océan jusqu'à la Méditerranée". En 1854, il publie une version revue et corrigée de son ouvrage "Voyages pédestres". Explorateur, grimpeur, topographe, écrivain, naturaliste, Vincent de Chausenque marqua le pyrénéisme naissant.

 

Références : 

Livre disponible aux Archives départementales de l'Ariège, Foix, ( Cote : 8°19 ; Volume 2, page 126, Chapitre IX)

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